36e Mardi du Hirak étudiant   « Mettez-nous les menottes, pas de vote ! »

Libérez Hakim Addad

ph: MB

Alger, 29 octobre. 36e acte du Hirak des étudiants. Il est un peu plus de 10h. Un soleil éclatant darde ses rayons sur la Place des Martyrs. La place se remplit petit à petit de manifestants matinaux. La police est également présente en force. La foule s’élargit rapidement. Elle s’agglutine devant l’une des deux bouches de métro de Sahate Echouhada. De prime abord, on constate qu’il y a plus de monde que les derniers mardis. Sans doute l’effet Novembre qui promet pour ce vendredi une mobilisation exceptionnelle.

10h30. Le cortège scande solennellement Qassaman avant de s’ébranler. Ambiance des grands jours. La marée humaine enchaîne par un émouvant « Taya El Djazaïr ! ». Patriotisme à fleur de peau. Exacerbé justement par la date fatidique et ô combien symbolique du 1er Novembre. La foule répète : « Allah Akbar, rah djay Novambar » (Dieu est grand, Novembre arrive). Une variante de ce même refrain ajoutait cette formule : « Allah Akbar, echaâb yeteharar » (Dieu est grand, le peuple se libèrera). Il commence à faire chaud. Sur les premières pancartes brandies, ces mots : « Tayhia El Djazair horra moustaquilla » (Vive l’Algérie libre et indépendante », « Djazair Horra dimocratia » (Algérie libre et démocratique) ; « Libérez les détenus, libérez l’Algérie »… Dans la procession, il y a toujours un noyau dur d’étudiants irréductibles mais, comme de tradition, énormément de citoyens de différents horizons. Peut-être même un peu plus hier. Parmi eux, nombre de retraités. Beaucoup de femmes. Certaines sont venues avec leurs enfants, comme cette dame dont le fils, haut comme trois pommes, drapé d’une bannière Jaune et Noir rappelant la tunique de l’USMH, arbore fièrement cet écriteau : « Dégage Gaid Salah ! Toi, aussi bien que Ben Salah. Pas de vote cette année. Etat civil, pas militaire ! »

A l’approche de Bab-Azzoune, ce nouveau slogan féroce fuse de la bouche des contestataires : « Fiqou ya echiyatine, Gaid Salah tehha el Poutine » (Réveillez-vous lèches-bottes, Gaïd Salah s’est incliné devant Poutine).

« Ellaâb H’mida we recham H’mida»

Sur une pancarte, le nom du chef d’Etat par intérim est décliné en « Abd El Cadre » Ben Salah. Allusion à l’allégeance que l’ancien président du Sénat exprimait de façon démonstrative au président déchu, même lorsqu’il était réduit à l’état de « cadre » photographique trimballé de cérémonie en cérémonie. L’auteur de cette pique écrivait donc : « Abd-El-Cadre Bensalah ne représente pas les hommes libres. Rendez-vous le 1er novembre ! » Bachir, venu comme tous les mardis et vendredis, de Ath Mansour (wilaya de Bouira), a concocté ce message qui ne manque pas, lui non plus, de mordant : « Les prétendus hostiles à la main de l’étranger quémandent le secours de Poutine de l’étranger ».

Ce 36ème mardi, on pouvait entendre aussi ce leitmotiv devenu l’un des chants les plus prisés du répertoire militant du Hirak : « Dégage Gaid Salah, Had el âme makache el vote (pas de vote cette année)». Les manifestants répétaient encore, sur un air de « Mawtini » : « Baouha el khawana, bahouha » (Ils ont vendu la patrie). Autre hymne qui sortait des tripes : celui où les marcheurs adressent cette complainte rageuse à Ali La Pointe: « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche-arrière, eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main on arrachera l’indépendance).

Sur les pancartes brandies, les messages sont clairs : « Bye-Bye système, pas de vote cette année ! » écrit un citoyen. Une dame a ces mots acerbes : « Vous avez pillé le pays. Les élections ? Ellaâb H’mida we recham H’mida. Faqou ! Dégage ! ». Dans le lot, on pouvait lire également, pêle-mêle : « Ni dialogue ni élections avec toutes ces pressions » ; « Un pouvoir illégitime ne peut produire que des actes illégitimes » ; « Rien n’arrête les Algériens ! Nul n’a le droit de décider à la place du peuple. Silmiya, toujours silmiya ! » La libération des détenus est, comme toujours, au cœur des revendications exprimées : « Urgent ! Libération de tous les détenus d’opinion » proclame un citoyen à travers sa pancarte. Des portraits à l’effigie de l’étudiante Yasmine Dahmani, véritable icône des manifs du mardi, sont hissés en exigeant la libération immédiate de Yasmine. Oussama, manifestant originaire de Khenchela, a imprimé les portraits de plusieurs détenus pour leur signifier son soutien : Lakhdar Bouregaâ, Hakim Addad, Djalal Mokrani, Messaoud Leftissi, Fodil Boumala, Ahcène Kadi, …

« Presse libre, justice indépendante »

A l’orée du square Port-Saïd où un dispositif policier sur les dents attend la vague humaine, la foule crie : « Sahafa horra, adala moustaquilla » (Presse libre, justice indépendante ». Lu sur une pancarte : « Le peuple veut une justice indépendante et son activation ». Nesrine, une jeune manifestante toujours très inspirée, s’est fendue d’un message où elle accable les magistrats en leur signifiant : « L’Histoire ne pardonnera pas aux juges qui ont ordonné l’incarcération de militants pour leurs opinions ». A hauteur du TNA, un homme fulmine : « Le prochain président ne sera pas désigné par eux. On enlèvera toute cette racaille ! » La foule scande de plus belle : « Makache intikhabate ya el issabate » (Pas d’élections avec les gangs). L’accès à la rue Abane et au tribunal de Sidi M’hamed où devait être rendu le verdict concernant six détenus d’opinion est bloqué par des camions de police. La procession entonne : « Harrirou el mouataqaline ! » (Libérez les détenus) ; « Attalgou ouledna, oueddou ouled el Gaid ! » (Relâchez nos enfants et prenez ceux de Gaid Salah).

En pénétrant la rue Larbi Ben M’hidi, la foule prend à nouveau Bensalah à partie : « Ya Bensalah ya djabane, had echaâb la youhane ! » (Bensalah, tu es un lâche, ce peuple ne se fait pas humilier). La marée humaine répète dans la foulée : « Hé Ho, leblad bladna, w’endirou raina makache el vote » (Ce pays est le nôtre, on fera ce qui nous plaît, pas de vote !). Sous la statue équestre de l’Emir, on entend : « Les généraux à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal ! (et l’Algérie accèdera à l’indépendance) » ; « Eddouna gaâ lel habss, echaâb marahouche habess » (Jetez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas), « Attalgou el massadjine, ma baouche el cocaine » (Relâchez les détenus, c’est pas des vendeurs de cocaïne).

« Ramenez Poutine, ramenez les Américains, on ne s’arrêtera pas ! »

A un moment donné, au milieu de la rue Larbi Ben M’hidi, un nouveau slogan plein de détermination en remettait une couche au sujet de la malheureuse escapade de Ben Salah à Sotchi : «  Djibou Poutine, Djibou el Marikane, maranache habssine ! » (Ramenez Poutine, ramenez les Américains, on ne s’arrêtera pas !) Dans le même registre de la défiance, la foule assène : « Dirouna les menottes, makache el vote ! » (Mettez-nous les menottes, pas de vote). Ali La Pointe est de nouveau invoqué avec cette variante : « Ya Ali Ammar, bladi fi danger, Awal novambar la bataille d’Alger » (Ali Ammar, mon pays est en danger, 1er Novembre, la Bataille d’Alger). Le cortège traverse l’avenue Pasteur aux cris de « Echaâb yourid el istiqlal ! » (Le peuple veut l’indépendance). Des youyous stridents accompagnent les clameurs. Des femmes lancent des bouteilles d’eau des balcons. Le cortège tourne par la Fac centrale et s’engage sur la rue Sergent Addoun. Nous croisons Soufiane Djilali entouré de militants de Jil Jadid. Ils sont venus soutenir les étudiants. Le cortège enchaîne par le boulevard Amirouche. En passant devant le ministère de l’Agriculture, les étudiants et leurs renforts lancent : « Win rahi el filaha, win rahi ? « (Où est l’agriculture ?). Puis, se tournant vers le bâtiment d’en face à l’enseigne d’une banque publique, la foule s’écrie : « Klitou lebled ya esseraquine ». La folle procession avance vers la rue Mustapha Ferroukhi avant d’entrer triomphalement à la place Audin, quadrillée par la police. Là, un autre cortège arrive en sens inverse. Ce sont des proches des détenus et des citoyens venus exprimer leur soutien aux prisonniers d’opinion pendant l’audience qui devait avoir lieu au tribunal de Sidi M’hamed. Mais aucun verdict ne sera rendu, la grève des magistrats en ayant décidé autrement. Les deux cortèges fusionnent et poursuivent la manif jusqu’à la rue Abdelkrim Khettabi. 13h10. deux jeunes leaders du Hirak étudiant hissés sur les épaules de leurs camarades invitent la foule à scander Qassaman avant de clore cette 36ème joute du hirak des campus. Une belle répétition avant le vendredi 1er novembre…

Mustapha Benfodil

https://www.elwatan.com/edition/actualite/36e-mardi-du-hirak-etudiant-une-mobilisation-sans-faille-30-10-2019

36e Vendredi du HIRAK à ALGER: Une complainte rageuse pour Novembre  

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ph: MB

 

 Alger, 25 octobre. 36ème acte du Hirak. Le mouvement populaire a franchi le seuil symbolique du huitième mois de mobilisation et les Algériens n’ont pas fléchi d’un iota. Une tendance qui s’est une nouvelle fois confirmée hier. Il pleuvait à verse aux premières heures de ce vendredi et l’on se demandait si le temps n’allait pas se gâter à l’approche de l’heure H. Finalement, le ciel se montrera très coopératif et la météo sera même très clémente en fin de matinée. Il est presque midi. En descendant la rue Burdeau pour rejoindre la rue Didouche, des clameurs nous interpellent. Celles des premiers protestataires, impatients d’entamer cette 36ème  joute. Les premiers groupes de manifestants sillonnaient ainsi la rue Didouche en scandant : « Makache intikhabate ya el issabate » (Pas d’élections avec les gangs), « Dégage Gaid Salah, Had el âme makache el vote (pas de vote cette année)»… Donnant déjà le ton de ce que sera la manif du 1er novembre qui coïncidera avec le 37ème Vendredi du Hirak, la foule martèle : « Allah Akbar, rah djay Novambar » (Dieu est grand, Novembre arrive).

« Les urnes de la Issaba »

Un manifestant arpente la rue en hissant une boîte en carton censée représenter une urne, et il a marqué dessus : « 12 décembre, urnes de la Issaba, pas des élections ». Un homme parade avec les poignets enchaînés pour exprimer son indignation face à l’emprisonnement arbitraire de dizaines de figures du Hirak. Un citoyen drapé de l’emblème national défile avec son fils en brandissant cet écriteau : « Je m’appelle Rustane, j’ai 4 ans, je veux vivre dans mon pays ». Une femme se balade avec cette banderole : « Manache habssine hatta iroho el fassdine » (On ne s’arrêtera pas jusqu’au départ des corrompus).

Les manifestants, de plus en plus nombreux, font trembler la rue Didouche. Ils montent jusqu’au siège régional du RCD où un cordon de police les oblige à rebrousser chemin. Ils répètent dans une ambiance festive rythmée aux percussions de la derbouka : « Asmaâ ya el Gaid, dawla madania, asmaâ ya El Gaid, machi askaria » (Ecoute gaid, Etat civil, pas militaire), « Les généraux, à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal (et l’Algérie accèdera à l’indépendance) », « Baouha el khawana, baouha » (Ils ont vendu la patrie)… A l’approche de l’heure de la prière, les fidèles se ruent vers la mosquée Errahma tandis que les autres se regroupent en haut de la rue Victor Hugo ou encore aux abords de l’agence de la BNA, sur la rue Didouche Mourad.

13h45. A peine la prière terminée, la foule des fidèles se lève comme un seul homme et scande ce slogan devenu le cri de ralliement des hirakistes : « Dawla madania, machi askaria » (Etat civil, pas militaire). En deux temps trois mouvements, la rue Didouche est noire de monde. La marée humaine, compacte, répète de nouveau les slogans phares du Hirak entonnés ces dernières semaines : « Dégage Gaid Salah, had el âme makache el vote », «Makache el vote w’Allah ma n’dirou, Bedoui w Bensallah lazem y tirou. Loukan berssass alina tirou, W’Allah marana habssine !» (Pas de vote, je jure qu’on ne le fera pas ; Bedoui et Bensalah doivent dégager ; quand bien même tireriez-vous sur nous à balles réelles, on jure qu’on ne s’arrêtera pas !), « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche-arrière, eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main on arrachera l’indépendance). On pouvait entendre aussi : « Hé Ho, leblad bladna, w’endirou raina makache el vote » (Ce pays est le nôtre, on fera ce qui nous plaît, pas de vote !), « Pouvoir assassin ! », « Magharibia qanate echaâb » (Magharibia chaîne du peuple)… Une dame exaltée nous lance avec conviction : « Nous vaincrons ! Le 1er novembre, ça va être grandiose ! » Quelques pas plus loin, les manifestants entonnent Qassaman. La marée humaine crie dans la foulée : « Libérez Bouregaâ ! ». Au Carré féministe, on entend : « Libérez les détenus ! » Les militantes féministes scandent également « La khawf la roâb, El Djazaïr milk echaâb ! » (Ni crainte ni terreur, l’Algérie appartient au peuple).

Volée de bois vert contre Bensalah

Dans la foule bigarrée, des femmes au foyer, des vieilles, des enfants, des handicapés, des retraités, et beaucoup de jeunes évidemment. Sur les pancartes brandies, des réponses cinglantes sont adressée à Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat par intérim qui est allé rassurer Poutine sur la tenue des élections. Une sortie qui a provoqué un tollé parmi les manifestants. « Non à la sollicitation de Poutine », « Non au recours à l’étranger », « Honte à vous d’appeler les étrangers à la rescousse ! ». « Message à Bensalah : le peuple vous octroie la plus haute distinction de l’indignité. Vous êtes odieux » pouvait-on lire à ce propos. Ainsi, l’argument de la « main étrangère » régulièrement invoqué par les autorités pour discréditer les forces du Hirak est malicieusement retourné contre le régime comme l’illustre ce message : « A Bensalah et son gouvernement : toutes les mains étrangères ne vous seront d’aucune aide. Ici, il y a le peuple ! »

Autre thème dominant: les détenus d’opinion. Plusieurs citoyens défilaient   avec une feuille sur laquelle était inscrit le nom d’un prisonnier injustement incarcéré : Lakhdar Bouregaâ, Samira Messouci, Karim Tabbou, El Hadi Kichou, Ammi Garidi… Les portraits des détenus sont également hissés par dizaines : Bouregaâ, Tabbou, Fodil Boumala, Samir Belarbi, Sadek Louail, Réda Boughrissa, Rachid Sadadoui… « Libérez les détenus d’opinion, libérez la justice » écrit une dame. « Halte à la répression, libérez les détenus d’opinion » réclame un autre hirakiste. Le rejet de la feuille de route du régime et son élection du 12 décembre est une autre revendication clairement exprimée. Dr Oulmane, un des historiques du Hirak qui nous gratifie chaque vendredi d’une affiche originale, parade cette fois avec une œuvre graphique représentant une rondelle de « cachir » sur le point d’être glissée dans une urne cadenassée. Une jeune manifestante s’est fendue de son côté de cette sentence grinçante : « Oui, ce sont quelques individus messieurs. Pas d’élections ! ». Un citoyen a cette réflexion caustique : « Chute est le sort d’un pouvoir qui ne fait pas de différence entre un peuple et une foule ».

Un tsunami populaire en provenance de Bab El Oued

14h40. Nous quittons la rue Didouche pour nous engouffrer dans la rue Asselah Hocine et attendre l’arrivée du cortège de Bab El Oued et de la Casbah. On l’aperçoit au loin donnant vigoureusement de la voix aux cris de « Bab El Oued Echouhada ». Un véritable tsunami populaire ! La foule scande les slogans entendus précédemment. On pouvait entendre aussi ce chant truculent : « Gouloulhoum djina harraga men Bab el Oued/ Gouloulhoum, Imazighen Casbah Bab El Oued » (Dites-leur nous sommes venus en harragas de Bab El Oued/ Dites-leurs, nous sommes les Amazighs de la Casbah et de Bab El Oued). A hauteur du commissariat Cavaignac, la foule crie : « Entouma assou alihoum, wehnaya ennahouhoum ! » (Vous, protégez-les, et nous, on les chassera).  Et de marteler : « Allah Akbar Awal Novambar, w’echaâb yet’harar » (Le 1er Novembre, le peuple se libérera). A la fin de la rue Asselah Hocine, la foule chante en chœur « La Liberté » de Soolking. De l’autre côté du carrefour, sur le boulevard Amirouche, des flux de manifestants arrivent en provenance de la rue Hassiba, de Belcourt et de la banlieue Est d’Alger. Les trois affluents fusionnent en contrebas de la Grande Poste pour former une de ces images saisissantes dont le Hirak a le secret. « Ça dépasse toutes les prévisions ! Au début, on était sortis contre le cinquième mandat, et aujourd’hui, on en est à huit mois de mobilisation. C’est inimaginable ! » exulte Toufik, un jeune cadre.

Bachir Kebabi, militant écologiste venu spécialement d’Ath Mansour (Bouira), estime pour sa part que le mouvement ne va pas s’arrêter en si bon chemin : « Ce pouvoir continue à faire la sourde oreille aux revendications légitimes de ce peuple. Notre revendication principale, c’est le départ de tout le système. On ne transige pas sur ce principe. Le pouvoir a fait la sourde oreille au début, ensuite, il a utilisé la diversion. A parti du 22 février 2019, c’est la rupture totale entre le système et le peuple. Ce qui veut dire que le pouvoir aujourd’hui ne fait que retarder l’échéance de son départ. Le glas a sonné, l’élan que nous avons lancé à partir du 22 février ne s’arrêtera pas. Nous sommes déterminés à continuer notre lutte jusqu’à la chute de ce régime. Si Gaid Salah croit qu’il va nous obliger à retourner à la maison bredouille, il se trompe. Ce système militaro-politique a gouverné depuis 1962 au nom de la division. Aujourd’hui, le peuple est uni, déterminé et convaincu de continuer la lutte jusqu’à la chute de ce régime. Nous allons poursuivre le combat même si cela durera autant qu’avait duré la révolution de 54-62. Nous sommes patients, on n’est pas pressés. Ce régime est condamné ! »

Mustapha Benfodil

https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-mobilisation-entame-son-9e-mois-le-hirak-inebranlable-26-10-2019

 

35e Mardi du Hirak des campus: « Huit mois de résistance, les étudiants en force »

nesrineph: MB

Alger, 22 octobre. 35ème mardi consécutif de la mobilisation estudiantine. Heureux hasard de calendrier : cette 35ème marche coïncide avec les 8 mois du Hirak. Ce que souligne cette étudiante qui brandit fièrement une pancarte sur laquelle elle a écrit : « 08 mois de résistance, les étudiants en force. La Révolution du Sourire avance et piétine vos complots et vos manigances ». La marche d’hier a drainé encore une fois des manifestants de tous bords. Il y avait même des personnes à mobilité réduite et des personnes âgées, fortement diminuées, à l’image de cet handicapé en chaise roulante qui arborait ce message : « Qanoun el mahrouqate mayfoutche ! » (La loi sur les hydrocarbures ne passera pas ! ».

La manif a démarré vers 10h30 de la Place des Martyrs. Il fait frais. Un temps idéal pour battre le pavé. Quelques dizaines de manifestants avaient pris place dès 10h15 à proximité de la bouche de métro. 10h25. L’assemblée entonne Qassaman. Dans la foulée, le premier slogan fuse : « Dawla madania, machi askaria » (Etat civil, pas militaire), suivi de « Djazair horra démocratia » (Algérie libre et démocratique). Le cortège s’ébranle aux cris de « Makache intikhabate ya el issabate » (pas d’élections avec les gangs). En cette journée nationale de la presse, la foule a plutôt une pensée pour la chaîne El Magharbia dont le signal a été suspendu, en scandant : « Magharibia qanate echaâb ! » (Magharibia chaîne du peuple). Les manifestants enchaînent par ce cri lourd de sens : « Libérez l’Algérie ! ». Le rejet de l’élection du 12 décembre est exprimé une nouvelle fois avec force en répétant : « Bye bye Gaid Salah, had el âme makache el vote » (Bye Bye Gaid Salah, pas de vote cette année) ; «Makache el vote w’Allah ma n’dirou, Bedoui w Bensallah lazem y tirou. Loukan berssass alina tirou, W’Allah marana habssine !» (Pas de vote, je jure qu’on ne le fera pas ; Bedoui et Bensalah doivent dégager ; quand bien même tireriez-vous sur nous à balles réelles, on jure qu’on ne s’arrêtera pas !). On pouvait entendre aussi : « Hé Ho, leblad bladna, w’endirou raina makache el vote » (Ce pays est le nôtre, on fera ce qui nous plaît, pas de vote !) ; Le cortège qui grossit au fil des minutes martèle encore : « Les généraux à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal (et l’Algérie accèdera à l’indépendance) », « Baouha el khawana » (Les traîtres ont vendu la patrie), « Had el hirak wadjeb watani » (Le Hirak est un devoir national). Il y avait, en outre, cette revendication-clé qui revenait avec insistance : « Sahafa horra, adala moustaqilla » (Presse libre, justice indépendante).

« Journée nationale du black-out »

En traversant la rue Bab-Azzoune, la marrée humaine assène : « Dégage Gaid Salah, had el âme makache el vote » (Gaid Salah dégage ! Pas de vote cette année !) ; « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche-arrière, eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main on arrachera l’indépendance). Un homme s’emporte : « Ils n’ont aucune considération pour ce peuple. Pour eux, on n’existe pas ! » Un citoyen rejoint la manif en brandissant cette pancarte : « Peuple, réveille-toi, soulève-toi et libère la patrie ». D’autres pancartes vont arriver au fur et à mesure que la procession avance. Florilège : « NON ! Dixit le peuple » ; « Non à la dictature » ; « El Istiqlal, la el istighlal (L’Indépendance, pas l’exploitation) » ; « Le peuple est maître de son destin ; fini le temps des mascarades électorales ! » ; « La bande décide, le Parlement approuve, et les mouches (électroniques) justifient » ; « 7 + 8 : la volonté populaire exige qu’elle soit respectée. Nous sommes ici afin de dénoncer la violation de la citoyenneté. Le peuple veut un Etat de droit ». Une étudiante soulève un écriteau avec ces mots : « On ne peut pas construire un Etat sans une justice indépendante. Liberté aux détenus d’opinion et aux prisonniers politiques ». Un manifestant écrit : « L’histoire n’est pas dans les mots, elle est dans la lutte ». Une citoyenne a cette réflexion caustique à l’occasion de la journée nationale de la presse : « 22 octobre, journée nationale du black-out » écrit-elle. Un manifestant pointe la duplicité du régime : « Arrestations, restrictions sécuritaires, et il te dit vote. On a dit pas d’élections avec les gangs ! »

« Libérez les otages ! »

A hauteur du TNA, la foule répète : « Libérez les otages ! ». Le Square Port-Said est quadrillé par un dispositif de police avec tout l’attirail habituel. Les forces de l’ordre empêchent l’accès à la rue Abane et partant, au tribunal de Sidi M’hamed où devaient être jugés les premiers détenus du Hirak. Justement, la foule ne les a pas oubliés. On pouvait ainsi entendre à plusieurs reprises : « Harrirou el mouataqaline » (Libérez les détenus), « Atalgou el massadjine, ma baouche el cocaïne » (Relâchez les prisonniers, c’est pas des vendeurs de cocaïne), « Ouled enness machi bandia » (c’est pas des bandits !), « Eddouna gaâ lel habss, echaâb marahouche habess » (Jetez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas). Le vénérable Lakhdar Bouregaâ qui a refusé de parler aux juges a été cité et plébiscité avec ferveur en chantant : « Ikhwani la tenssaw echouhada, libérez, libérez, Bouregaâ » (Mes frères, n’oubliez pas les martyrs. Libérez Bouregaâ !). Les étudiants ont exprimé également une forte pensée à leur camarade Yasmine Dahmani, arrêtée le 18 septembre dernier, en scandant à l’unisson : « Libérez Yasmine Dahmani ! ».

La foule traverse la rue Ali Boumendjel en répétant en boucle les mêmes slogans, avec une foule désormais impressionnante, forte de plusieurs renforts. La procession chamarrée s’écrie : « Silmiya silmiya, matalibna charîya » (Pacifique, nos revendications sont légitimes). A la rue Larbi Ben M’hidi, la marée humaine scande à tout rompre : « Allah Akbar 1er novembre ! ». Une femme distribue des bonbons aux manifestants. Plus tard, elle apportera des gobelets en plastique et offrira de l’eau aux marcheurs.

Une seule « star », le peuple.

Arrivé près de la statue de l’Emir Abdelkader, le cortège tente de semer la police et s’engouffrer dans la ruelle attenante à la librairie du Tiers-Monde pour gagner l’APN. Mais le cordon de police n’a pas cédé. La foule crie depuis l’esplanade sous la statue équestre : « Entouma assou alihoum, wehnaya ennahouhoum ! » (Vous, protégez-les, et nous, on les chassera) Le cortège a repris son itinéraire familier en allant au bout de la rue Larbi Ben M’hidi avant d’enchaîner sur l’avenue Pasteur. Une haie des forces anti-émeute boucle l’accès au tunnel des facultés. Des voix lâchent : « Assou Total machi la capitale » (Surveillez Total, pas la capitale). La manif passe par la Fac centrale puis descend par la rue Sergent Addoun. Les clameurs font vibrer Alger. Un manifestant plein d’esprit nous lance : « La prochaine fois, on tâchera de ramener avec nous des spécialistes en ORL. Si avec tout ça ils (nos dirigeants) n’entendent pas, ils doivent sûrement avoir un problème d’oreille » ironise-t-il. La foule traverse ensuite le boulevard Amirouche et la rue Mustapha Ferroukhi. A l’orée de la place Audin, des cris stridents fusent en martelant plusieurs fois : « L’istiqlal » (l’indépendance). Le ciel s’est assombri. Il commence à pleuvoir. Bientôt, des averses inondent Alger mais les manifestants tiennent bon. Rien ne semble pouvoir les décourager.

Si l’on devait ne retenir qu’une image de cette journée, ça serait celle-là : sur les marches de la stèle équestre érigée à la gloire de l’Emir,  une forêt d’appareils photos se bousculent pour immortaliser ce fleuve humain qui se déverse sur la capitale. Ces marches et leur cliquetis nous rappellent l’ambiance palpitante des festivals de cinéma, en particulier le festival de Cannes et ses farandoles de stars qui prennent la pose devant les photographes. Sauf qu’ici, la vedette, c’est eux, les étudiants et leurs protecteurs populaires. Une seule star, le peuple !

Mustapha Benfodil

https://www.elwatan.com/edition/actualite/35e-mardi-de-mobilisation-des-campus-huit-mois-de-resistance-les-etudiants-en-force-23-10-2019

Le Hirak syndical monte au front

On le constate de vendredi en vendredi, et même lors des manifs des étudiants et leurs renforts populaires le mardi : le hirak se porte bien, et la mobilisation citoyenne est loin de craquer face à la campagne d’arrestations qui a visé de nombreuses figures du mouvement, en pensant ainsi l’affaiblir et lui porter le coup de grâce. Mieux encore : un acteur de premier plan est venu apporter un autre souffle au mouvement populaire : les syndicats autonomes, regroupés au sein de la Confédération des syndicats algériens (CSA). Celle-ci vient de lancer un appel à une journée de protestation annoncée pour le 28 octobre. C’est ce qu’on peut lire dans son communiqué n°10, rendu public à l’issue d’une session ordinaire de son conseil intersyndical qui s’est réuni le jeudi 17 octobre. Pour rappel, la confédération syndicale avait fixé, dans un premier temps, la date du 29 octobre pour cette action, puis s’est résolue à l’avancer d’une journée.

Lors de leur conclave, les syndicats autonomes ont pris le temps d’analyser minutieusement la conjoncture politique et sociale avant de décider de cette journée de protestation. Dans le document qui sanctionne sa dernière session, la CSA, qui compte 13 syndicats, a exprimé un certain nombre de revendications on ne peut plus claires et énoncé une série de résolutions. La confédération syndicale a tenu à exprimer en premier lieu son soutien indéfectible au mouvement populaire en s’engageant à «œuvrer pour son renforcement jusqu’à satisfaction de ses revendications légitimes». La CSA a exigé, dès le deuxième point, le départ de Bedoui «et son gouvernement illégitime». Les syndicats fustigent dans la foulée le fait de «profiter de cette conjoncture» pour «promulguer des lois décisives qui hypothèquent l’avenir des générations futures et portent atteinte à la souveraineté nationale, à l’instar de la loi sur les hydrocarbures, le code du travail et la loi sur la retraite».

Les membres de la centrale syndicale autonome n’ont pas manqué, par ailleurs, d’alerter l’opinion sur les velléités de recourir à l’exploitation du gaz de schiste qui représente, préviennent-ils, un «péril environnemental et sanitaire». Autre revendication phare exprimée par la Confédération des syndicats algériens : «La libération immédiate des détenus d’opinion et les activistes du hirak populaire pacifique.» Les signataires de ce document ont tenu à dénoncer, en outre, les «restrictions méthodiques imposées aux espaces publics ainsi que les atteintes au droit de manifestation et de circulation en fermant les accès de la capitale». La CSA inclut aussi dans ce tableau peu reluisant les pressions exercées sur les médias, publics et privés, et le verrouillage musclé des espaces médiatiques.

Une situation des plus préoccupantes qui pousse les syndicats à réagir en déclarant : «La Confédération des syndicats algériens, en soutien au hirak populaire pacifique, et tout en étant attachée à ses revendications principales (libertés syndicales, code du travail, loi sur la retraite, pouvoir d’achat, santé publique et protection sociale), et en ayant pleinement conscience de la gravité des projets, décisions et lois qu’on veut faire passer sous le couvert d’un gouvernement illégitime et rejeté par le peuple, et devant les conditions socioprofessionnelles déplorables des travailleurs algériens, a décidé d’organiser une journée de protestation le 28 octobre 2019.» Cette journée, soulignent les organisateurs, sera «accompagnée de marches et sit-in dans toutes les wilayas à partir de 10h».

Comme on peut le constater en analysant ce document et les précédents communiqués de l’Intersyndicale, les initiateurs de cette action ont pris soin de jumeler revendications socioprofessionnelles et catégorielles et mots d’ordre du hirak. Ainsi, cette convergence des luttes vient conforter une proposition qui a fait son chemin parmi les forces du hirak, et qui appelait à diversifier les formes de protestation, notamment à travers le recours à la grève.

Il convient de rappeler que la Confédération des syndicats algériens avait pris part à la Conférence de la société civile, qui s’est tenue le 15 juin dernier au siège du Cnapeste, à Alger. 

Mustapha Benfodil

https://www.elwatan.com/edition/actualite/une-journee-de-protestation-le-28-octobre-a-lappel-des-syndicats-autonomes-le-front-syndical-monte-au-creneau-21-10-2019

35e Vendredi du Hirak: « Nos espoirs sont plus grands que vos prisons! »

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Photo: MB

 Alger, 18 octobre. 35ème vendredi du Hirak. Depuis la rentrée, la bonne santé du mouvement se confirme de semaine en semaine malgré l’ampleur de la répression, malgré les anathèmes, la propagande, la désinformation… Hier, les Algériens sont, de fait, sortis par centaines de milliers, à Alger, pour réaffirmer leur rejet catégorique des élections du 12 décembre et pour exiger la libération des détenus du Hirak dont le nombre a atteint des proportions effrayantes.

Dans la matinée, un calme lourd régnait sur la ville. Le déploiement imposant des forces de police, les camions stationnés tout au long de la rue Didouche, renforcés par des véhicules tout terrains, bouchaient le moindre interstice. Sensation d’étouffement. Les quelques hirakistes qui arpentent les rues se montrent prudents. Quelques rares manifestants se baladent drapeau sur l’épaule. Sinon, par petites grappes ou individuellement, ils sont adossés aux murs de l’artère principale ou s’abritent dans les cafés. Il a fallu attendre 12h passés pour voir les premiers cortèges se former. Des dizaines de citoyens se donnèrent à ce moment-là le mot et se mirent à scander « Dawla madania, machi askaria » (Etat civil, pas militaire), « Dégage Gaid Salah, had el âme makache el vote (pas de vote cette année) », « Les généraux à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal (et l’Algérie accèdera à l’indépendance)… »

« On s’est débarrassés de la charrette, reste la casquette »

La police forme une haie au long de la rue Didouche Mourad jusqu’à Audin pour dégager une voie de circulation à l’usage des automobilistes. Les manifestants ne se font pas prier pour occuper la bande restante de la chaussée et remonter la rue en répétant : « Makache intikhabate ya el issabate » (Pas d’élections avec le gang) ; « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche-arrière, eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main on arrachera l’indépendance). La libération des détenus était au cœur des revendications populaires comme l’exprime ce slogan : « Atalgou el massadjine, ma baouche el cocaïne » (Relâchez les prisonniers, c’est pas des vendeurs de cocaïne). On pouvait également entendre : « Eddouna gaâ lel habss, echaâb marahouche habess » (Jetez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas). Sur un air qui rappelle la chanson « El Menfi », la foule chante : « La nourid la nourid, hokm el askar min djadid » (On ne veut pas d’un nouveau régime militaire). Sur les quelques pancartes brandies, on peut lire : « On s’est débarrassés de la charrette, reste la casquette », « Vos lois et vos urnes sont en confinement ». Un jeune plaide la tolérance après la fermeture de lieux de cultes chrétiens à Tizi-Ouzou : « Musulmans, chrétiens, juifs ou athées, nous sommes les enfants libres de l’Algérie plurielle. Ne détournez pas le sujet ». Il y avait aussi ce slogan : « Nous sommes tous Nabil Alloun » en solidarité avec ce jeune détenu d’opinion. Le cortège a défilé jusqu’à la rue Victor Hugo avant de rebrousser chemin.

« Coupez les routes, coupez Internet… on ne cèdera pas ! »

13h. Après ce tour de chauffe, plusieurs manifestants devaient rejoindre les mosquées pour la grande prière hebdomadaire en promettant de revenir. Un jeune lance : « Aya endirou rakâa nedeîw alihoum » (Allez, on va faire une prière pour les maudire). Les abords de la mosquée Errahma sont cernés par les groupes de fidèles, et tout en haut de la rue Victor Hugo, une foule de non-prieurs s’est massée en attendant la fin de l’office religieux pour refaire bloc et lancer la grosse manif rituelle.

13h40. Les fidèles fusent de la mosquée Errahma et remontent la rue Victor Hugo avant de fusionner avec les autres. Un brouhaha monte aux cris de « Dawla madania, machi askaria ». S’ensuit une véritable déferlante humaine, par vagues successives, qui vont se déverser sur la rue Didouche sans discontinuer. Un cri sourd déchire le ciel limpide : « Dégage Gaid Salah, had el âme makache el vote ». Des voix lâchent : « Hé ho, mabrouk l’Tounès, laâkouba lina yetnahaw ga3 ! » (Félicitations à la Tunisie. Vivement notre tour. Qu’ils dégagent tous !). Les slogans anti-vote pleuvent : « Ulac el vote ulac » (pas de vote !), «Makach el vote wellah ma n’dirou, Bedoui w Bensallah lazem y tirou, Loukan berssass alina tirou, Wellah ma na habsine !» (Pas de vote, je jure que je ne le ferai pas ; Bedoui et Bensalah doivent dégager ; quand bien même tireriez-vous sur nous à balles réelles, on jure qu’on ne s’arrêtera pas !) On pouvait entendre aussi : « Hada el Hirak wadjeb watani » (Ce Hirak est un devoir national). Une jeune manifestante résume l’agenda du mouvement en écrivant : « Mardi : les étudiants ; jeudi : pilon et youyous ; vendredi : marches ; dimanche : parlement ». Elle ajoute : « Félicitations à la Tunisie et tout mon soutien au peuple libanais ». Toujours dans cet esprit de détermination, un citoyen arbore un panneau avec ce message : « Coupez les routes, coupez Internet, coupez le téléphone, coupez l’électricité, coupez l’eau, et si vous le pouvez, coupez même l’air et faites disparaître le soleil. On ne cèdera pas ! » Un manifestant s’emporte face aux policiers qui encerclent la place Audin : « L’Algérie arrachera son indépendance. Wallah on ne s’arrêtera pas ! » s’écrie-t-il. Un autre manifestant, déguisé en loup, parade avec cet écriteau : « Des loups sont partis ; ils veulent ramener leurs enfants. Mais jamais tu ne pourras dresser un loup ».

« L’istiqlal ! »

Une jeune manifestante aux slogans toujours bien sentis tenait pour sa part à délivrer ce message à travers sa pancarte : « Nos espoirs pour l’Algérie sont plus grands que vos prisons » Au verso, elle ajoute : « Algérie libre, démocratique et civile ». Un jeune défilant à ses côtés affiche cet autre écriteau percutant : « Police nationale, pas politique ». Un homme plaide : « Libérez nos enfants ». Une dame adresse ces mots aux juges : « Hommes de loi, libérez vous ». De larges bannières à l’effigie de Lakhdar Bouregaâ, Karim Tabbou, Samir Belarbi, Fodil Boumala et d’autres prisonniers politiques, sont portées fièrement par des bras solidaires. Près de la Fac centrale, des mamans à la mine déconfite affichent des portraits de leurs enfants injustement incarcérés. Des portraits notamment de Boudjemil Mohand et Ider Ali.

Un citoyen fustige les élections en écrivant : « La bêtise, c’est de sortir pour faire tomber Bouteflika puis tu participes à des élections organisées par le système de Bouteflika ». Réagissant au projet de loi sur les hydrocarbures adopté en conseil des ministres, une citoyenne écrit : « Pour nos enfants, notre sous-sol est un gage, faisons barrage aux lois du bradage ». Un petit garçon drapé de l’emblème national et hissé sur les épaules de son papa brandit une pancarte qui dit sensiblement la même chose : « Mon avenir n’est pas à vendre ». 

Nous descendons prendre la température au boulevard Amirouche. Une marée humaine défilait là aussi avec la même ardeur, en provenance de la rue Hassiba, Belouizdad et des quartiers de la banlieue-est d’Alger qui continuaient à affluer, tandis que de l’autre côté, de grosses vagues de marcheurs arrivaient de Bab El Oued. A Maurétania, près de l’ancien siège du ministère des Finances, un carré scande : « Qanoune el malia dhidda zawaliya » (la loi de finances est contre les pauvres). A la rue Hassiba, une foule dense exprime là encore son rejet des élections. Un homme a une pensée émue pour les victimes des massacres du 17 octobre 1961 en écrivant : « Maurice Papon, criminel de guerre ». Des supporters de l’USM El Harrach arrivent en force. « Chkoune sbabna, eddoula hiya sbabna » (Qui est la cause de nos malheurs ? C’est l’Etat » chantent-ils. A un moment, un carré de manifestants entonne Qassaman. Chair de poule. L’hymne national est suivi d’une salve de hourrahs triomphants. Puis, ce mot d’ordre martelé à volonté : « L’istiqlal ! » (L’indépendance).

Mustapha Benfodil

https://www.elwatan.com/a-la-une/35e-vendredi-de-mobilisation-le-hirak-maintient-le-cap-19-10-2019

34e Mardi du Hirak des campus: « Surveillez le pétrole, pas les étudiants! »

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Photo: MB

Alger, 15 octobre 2019. 34ème mardi de mobilisation des étudiants. 10h15. La première image qui nous saute aux yeux en débarquant à la Place des Martyrs est plutôt rassurante : une foule est massée à proximité de la bouche de métro et scande les slogans habituels sous le regard passible de policiers plutôt décontractés. On est loin de l’ambiance tendue de mardi denier où les agents des services de sécurité, en tenue ou en civil, étaient plus nombreux que les manifestants, et où des rafles étaient opérées dès la formation des premiers groupes de marcheurs.

Aiguillonnée par le test réussi de vendredi dernier, et dans le sillage de la manif enflammée de ce dimanche contre le nouveau projet de loi sur les hydrocarbures, le rassemblement où se mêlaient étudiants et non-étudiants, jeunes, vieux, femmes, chômeurs, cadres, retraités… affichait une détermination d’airain. « Djazair amana, baôuha el khawana » (On leur a confié l’Algérie, ils l’ont vendue, les traîtres !) martèle la foule bigarrée en écho au projet de loi ardemment rejeté. On pouvait entendre aussi : « Dawla madania, machi askaria » (Etat civil, pas militaire), « Haggarine ettalaba » (Vous avez maltraité les étudiants), « One two three, viva l’Algérie, ou Gaid Salah dictatouri », « Les généraux à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal (et l’Algérie accèdera à l’indépendance) »… Il y avait aussi ce refrain anti-élections qui reviendra comme une antienne: « Bye-bye Gaid Salah, had el âme makache el vote » (Bye-bye Gaid Salah, cette année, il n’y aura pas de vote).

« Revendredication »

10h30. Le cortège s’ébranle sous un ciel couvert. La foule entonne Min Djibalina et Qassaman. Très vite, le cortège se densifie. Les clameurs font vibrer Sahate Echouhada. Le concert de voix a quelque chose d’épique. Les Algériens en furie en appellent à l’esprit de Ali Ammar alias Ali La Pointe. La jeunesse transfigurée scande : « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche-arrière, eddoula coulate. El yed fel yed neddou l’istiqlal » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement va céder. Main dans la main on arrachera l’indépendance). On entend ensuite : « Les généraux, à la poubelle », avec une variante : « Qanoune el mahrouqate (loi sur les hydrocarbures), à la poubelle ». Dr Haouès, un éminent chirurgien coiffé d’une casquette aux couleurs nationales, nous gratifie du néologisme « revendredication », mot-valise combinant « vendredi » et « revendication ». « La principale ‘revendredication » du Hirak est : ‘Etat civil, pas militaire’ » insiste-t-il. Pour lui, il était important de répondre présent ce mardi après la terrible répression de la semaine dernière. « Cette agression physique était inacceptable et il était important qu’on soit là. Aujourd’hui, nous sommes là pour les soutenir (les étudiants, ndlr) » argue-t-il. Pour lui, il est impératif de continuer à occuper la rue. « Le hirak prouve que quelle que soit l’issue de ce mouvement, il sera toujours là. La rue est au peuple. Le Hirak s’organisera de telle sorte qu’il soit pérenne. Et quelle que soit l’issue de la crise, il restera vigilant vis-à-vis du futur président, qu’il soit légitime ou illégitime. Car même si nous aurons un président légitime, le Hirak agira comme un contre-pouvoir. Le Hirak doit avoir un droit de regard sur tout ce qui se passe en Algérie».

« Etudiants pacifiques, respectez leurs droits civiques »

La marée humaine, de plus en plus épaisse, traverse la rue Bab-Azzoune en martelant : « Pas de vote ! Même si vous deviez nous tirer dessus, on ne s’arrêtera pas ». Sur les pancartes brandies, le projet de la discorde est décrié avec la même ardeur : « le Sahara algérien n’est ni à vendre, ni à louer, ni à hypothéquer. Il est le bien de nos enfants et des futures générations algériennes » résume un homme d’un certain âge à travers son écriteau. Une femme arbore ce slogan : « A bas la loi sur les hydrocarbures ». Un autre citoyen exige le départ des députés : « La dissolution du Parlement est nécessaire parce qu’il est le laboratoire de validation des lois du gang ».

En outre, plusieurs pancartes appellent à la libération des détenus et la cessation de la répression : « Libérez nos frères innocents », « Etudiants pacifiques, respectez leurs droits civiques ». Certains arboraient des portraits des citoyens injustement jetés en prison. La foule a scandé à plusieurs reprises le nom d’une étudiante arrêtée le 18 septembre dernier en criant : « Libérez Yasmine Dahmani ! ». Forte pensée aux camarades qui ne rataient jamais ces manifs, à l’image de Djalal Mokrani.

Galvanisée, la marée humaine, forte de plusieurs milliers de voix, répète : « Dégage Gaid Salah, had el âme makache el vote (pas de vote cette année ». « Baâtou lebled, ya esseraquine » (Vous avez vendu le pays bande de voleurs)… Un ouvrier en bâtiment perché sur un échafaudage appuyé à un vieux bâtiment en rénovation salue la foule en agitant son gilet fluo avec un grand sourire.

A l’entrée du Square Port-Said, un important dispositif policier quadrille la zone ; des éléments anti-émeute barrent la route menant vers le tribunal de Sidi M’hamed. Mais l’ambiance est plus détendue que mardi dernier. La foule détourne une célèbre chanson sportive de Rabah Deriassa et ça donne : « Hé, ho, lebled bledna, endirou rayna makache el vote » (C’est notre pays, on fera ce qui nous plaît, pas de vote !).

« Emmenez-nous tous en prison »

A la rue Ali Boumendjel, les manifestants crient avec hardiesse : « Olé olà, eddouna gaâ lel habss ; olé olà, echaâb marahouche habess » (Emmenez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas). On pouvait entendre aussi : « Ya Amirouche, ya Belouizdad, Khawana baou lebled ! » (O Amirouche, O Belouizdad, les traîtres ont vendu la patrie) ; « Ya Ali Ya Abane, baouha lel Marikane » (O Ali – La Pointe – , O Abane, ils l’ont vendue aux Américains). Décharge cathartique. Une formidable énergie citoyenne se libère. Si depuis le début, les étudiants jouissent d’un élan de sympathie qui ne s’est jamais démenti, cela s’est démultiplié avec la répression qui les a touchés. Si bien que ce 34ème mardi avait des airs de vendredi de par l’ampleur et l’intensité de la mobilisation, et la diversité des manifestants, même si l’encadrement de la manif a été brillamment assuré par les étudiants. « On essaie de mettre en avant d’autres têtes » confie une étudiante qui fait partie du cœur battant des manifs du mardi.

Sur la rue Larbi Ben m’hidi, le dispositif policier se contente de boucler les accès vers les ruelles qui mènent vers la rampe Ben Boulaid et de là à l’APN. Les manifestants scandent : « Makache el vote », « Oulache el vote », (pas de vote), « Pouvoir assassin ! »… En s’engageant sur l’avenue Pasteur, des citoyens prennent à partie une haie de policiers en leur disant : « Assou el petrole machi etalaba » (Surveillez le pétrole, pas les étudiants). Des camions de police barrent l’accès au tunnel des facultés. Le cortège descend par la Fac centrale (rue du 19 mai 56), puis continue via la rue Sergent Addoun, enchaîne sur le boulevard Amirouche, remonte la rue Mustapha Ferroukhi, traverse la place Audin et pousse jusqu’à la rue Abdelkrim Khettabi, son point de chute. Parmi les messages exprimés au long de la marche, ce slogan qui insiste sur la poursuite de la mobilisation : « Had el Hirak wadjeb watani », (Ce Hirak est un devoir patriotique). Dernière image : en passant près de la place Audin, une femme prie un jeune homme qui fumait dans la manif d’éteindre sa cigarette. « Et ne jette pas le mégot par terre s’il te plaît, machi on a dit on prend soin de notre pays ? » lâche-t-elle affectueusement. Emotion.

Mustapha Benfodil

34e mardi de mobilisation des étudiants : «Surveillez le pétrole, pas les étudiants !» 

Messages de soutien aux détenus: « Vous êtes notre moteur du vendredi »

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« De tout cœur avec vous, vous êtes notre fierté. Vous avez tout un peuple derrière vous. On ne vous abandonnera jamais ! », « On ne vous laisse pas tomber, nous continuons la lutte. Gardez le moral. Nous sommes sur le bon chemin » ; « Vous êtes notre fierté. (…) Vous êtes entrés dans l’histoire à jamais ! » ; « Vous êtes l’honneur de la révolution du sourire », « Vous nous rendez forts, merci ! » ; « L’histoire écrira que vous avez été des héros. Que Dieu vous libère et libère l’Algérie »…. Ce sont là quelques messages adressés par des citoyens aux détenus d’opinion. Ils figurent dans un recueil réalisé par le Collectif Initiative Citoyennes pour le Changement (CICC). Des messages qui font chaud au cœur, et qui méritent la plus large diffusion possible.

C’est ce vendredi 11 octobre, à l’occasion de la 34ème journée du Hirak, que ce beau document nous a été remis par une représentante du CICC en marge d’une action de solidarité que ce groupe organisait près de la fac centrale, à quelques pas du Carré féministe. Deux banderoles étaient déployées pour cette action, sur lesquelles étaient gravés les noms des détenus politiques. Il faut dire qu’avec la frénésie des arrestations qui ont touché des dizaines de manifestants et autres figures emblématiques du Hirak, les gestes citoyens se multiplient pour exprimer la solidarité du mouvement populaire avec ses enfants, ses animateurs et ses cadres. On l’a vu encore ce vendredi où de nombreux manifestants arboraient les noms et les portraits de leurs camarades injustement incarcérés.

« Un hymne à la gloire de nos camarades en prison »

Le collectif Initiatives Citoyennes pour le Changement, innove en lançant cette belle campagne de solidarité qui consiste à inviter des citoyens de tout bord à écrire des messages de soutien aux détenus pendant les manifs du vendredi. La collecte des messages s’est déroulée à la place Audin durant deux vendredis. Cependant, la plupart des messages sélectionnés dans ce recueil sont datés du 23 août 2019 correspondant au 27ème vendredi du Hirak. « Nos concitoyennes et concitoyens, sollicités pour dire un mot en solidarité avec les détenus d’opinion (…) ont répondu massivement. Presque un millier de messages ont été récoltés dont une petite partie est rassemblée dans ce document » indique le collectif. Intitulé sobrement « Messages de soutien aux détenus d’opinion », le recueil, de facture artisanale, est composé d’une soixantaine de pages manuscrites, au format A 4. Les messages y sont reproduits tels quels, en conservant la graphie originale. Le document est dédié « à toutes et tous les détenu-e-s à travers toutes les wilayas, et surtout à Monsieur Lakhdar Bouregaâ, notre héros national ». « Nos mots de présentation de ce document ne sauraient être plus longs ni plus profonds que ceux exprimant Fraternité et Solidarité à nos valeureux concitoyens se retrouvant aujourd’hui derrière les barreaux pour leur courage à dénoncer un système corrompu, pour avoir crié le désir d’un changement vers une nouvelle Algérie » soulignent les auteurs de cette belle initiative en ouverture du recueil. Par ce geste, ils entendent « leur rendre un modeste hommage et leur dire que leur lutte ne sera pas vaine et l’acheminement vers la libération de notre pays est inéluctable. C’est donc plus qu’un simple recueil mais un hymne à la gloire de nos camarades en prison ». Le document est principalement destiné « aux familles des détenus, au Comité national pour la libération des détenus, au Réseau de lutte contre la répression et pour la libération des détenus, au collectif des avocats ». Sans oublier bien évidemment les premiers concernés, les détenus eux-mêmes qui ne seraient certainement pas insensibles à ces formidables marques de sympathie.

« Je suis dans la marche, mon fils »

Les mots consignés dans ce recueil sont rédigés en français, en arabe, en derja, en tamazight et même en anglais. Quelque soit le choix idiomatique, les messages sélectionnés sont surtout écrits dans la langue du cœur. Extraits : « Honneur à vous, mes très chers. Fierté et respect ! Tenez le coup, bientôt la fin inch’Allah », « Chers frères et sœurs, gardez le moral et l’espoir. La liberté est proche. On pense à vous. Vive le Hirak, vive l’Algérie ! » ; « Bientôt l’indépendance et vous serez tous libérés ! ». En feuilletant le recueil, on ne peut que s’incliner devant des paroles extrêmement puissantes comme celles-ci : « Vous êtes l’expression même de la liberté. Vous êtes notre moteur du vendredi. Vous nous motivez. On vit par vous et pour vous. N’ayez pas peur, le pays se libérera de cette maffia. Et votre sourire et votre force seront notre essence ».

Parmi ce florilège émouvant, ces mots d’une maman adressés à son fils prénommé Fayçal : « Ya oulidi t’halla fi rohak (prends soin de toi mon fils). Dieu est à vos côtés. Je suis dans la marche et on ne s’arrêtera pas ». Autre pensée touchante : celle d’une fille de chahid « disparu en 57 ». Elle a 64 ans, précise-t-elle, et est de santé fragile. « Malgré une intervention très lourde, je suis là pour crier mon affection et mon amour pour vous, la très belle jeunesse de ce très beau pays. Nous savons que vous avez été arrêtés à tort, pour avoir vendu des pin’s ou brandi le drapeau amazigh. Nous ne vous oublions pas. Qu’Allah vous donne la force pour vaincre. Vous êtes notre fierté ! » Tahar, un médecin exerçant à Cherchell, a pour sa part cette réflexion cinglante : « Victime de la mafia au pouvoir, moi citoyen incomplet, je ne serai un citoyen complet qu’à votre libération. Nous n’arrêterons pas de nous battre jusqu’à votre libération et la nôtre aussi ». Une citoyenne qui signe « Assia, votre sœur de cœur », tient à rassurer ses sœurs et frères embastillés : « Ne vous inquiétez pas, on est nombreux à vous soutenir. Gardez votre courage. L’Algérie est sur le chemin de la victoire. Tahia El Djazaïr ! ».

« Vous êtes nos héros »

On ne peut plus s’arrêter et on n’a qu’une envie : c’est de retranscrire tous les textes qui composent cette remarquable anthologie de la dignité qui doit être absolument éditée, relayée sur les réseaux sociaux, distribuée dans toutes les prisons, et cette initiative citoyenne reconduite tous les vendredis. On continue : « Nous sommes avec vous jusqu’à la libération, vous êtes nos héros » ; « Je suis sûr d’une chose : echedda t’zoul, mais vous serez des braves parmi les braves à vie ! » ; « Vous n’êtes pas des victimes, vous êtes des héros. La nouvelle Algérie saura se souvenir de ses meilleurs enfants. Patience et courage, c’est très bientôt la fin de ce système » ; « Pour nos détenus, le printemps ne sera que plus beau » Un hirakiste solidaire promet : « Wallah ma rana habssine (on ne s’arrêtera pas) ». Un autre consigne ces mots bouleversants : « Vous nous manquez beaucoup tous les vendredis. Mais nous sommes de tout cœur avec vous, vive la liberté, ensemble nous vaincrons ! » Plusieurs de ces écrits insistent sur le devoir de mobilisation pour la libération des camarades incarcérés : « Notre mission est de vous libérer, tenez bon ! », « Tous unis pour vous libérer. Signé : le peuple », « Marakoumche wahadkoum, courage ! (Vous n’êtes pas seuls) ». Un hirakiste emprunte la devise des supporters du club de Liverpool en martelant : « You’lle never walk alone » (Vous ne marcherez pas seuls). D’autres se sont évertués à souligner la place particulière des détenus politiques dans la mémoire collective : « Courage ! La prison est l’école des révolutionnaires » ;  « Vous êtes les moudjahidine de 2019 » ; « De tout cœur avec vous ! Vous symbolisez les détenus de la révolution algérienne comme l’ont été vos ancêtres. Nous sommes fiers de vous » ; « Chers frères, on ne vous oubliera jamais. Nous sommes solidaires. Courage, vous êtes nos leaders ! ».

Une citoyenne fait ce serment : « Aux enfants des détenus, nous ne rentrerons pas chez nous jusqu’à ce que vous soyez hors des prisons. Que Dieu vous apporte la victoire ! ». Autres pensées pleines de détermination : « On ne vous lâchera pas quitte à vous suivre » ; « Courage : nous sommes toujours là avec vous, tenez bon ! Nous ne vous abandonnerons pas, jamais ! » (Signé : « Une sœur qui vous embrasse très fort »). Nadia a cette formule épique : « Du fond de vos cellules, tendez l’oreille et écoutez-nous scander ‘On ne vous oublie pas’ » Enfin, retenons ces lignes enchantées laissées par un garçon de 12 ans, Ilyès : « Vous avez marché, vous vous êtes fait capturer sans raison. Mais ne vous inquiétez pas car vous n’êtes pas seuls. Vive la liberté ! » 

Mustapha Benfodil

Un recueil de messages de soutien aux détenus à l’initiative d’un collectif citoyen : «Vous êtes notre moteur du vendredi»